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La grande disparition

21 mars (d’un futur pas si lointain…)

Quelques minutes avant minuit. La vieille dame se réveille, confuse. Qui peut bien venir ainsi sonner à la porte au milieu de la nuit ? Et violemment insister ? Cela n’augure rien de bon. À la troisième volée, elle s’extrait péniblement de son lit, enfile sa robe de chambre, saisit sa canne et se dirige en boitant jusqu’à l’oeilleton de l’entrée. La police ! Il est arrivé quelque chose à un de ses enfants ?! Elle ouvre fébrilement la porte. Sur le seuil, deux policiers en uniforme lui expliquent qu’on vient d’arrêter un individu détenant une carte bancaire à son nom. Elle en est presque soulagée. Le plus âgé lui indique qu’il faut qu’elle dépose plainte immédiatement pour éviter des conséquences désagréables.

Veuve depuis deux mois après soixante ans de vie commune, encore assommée par son deuil, elle laisse entrer les deux hommes sans leur demander leur badge. Lorsqu’ils lui demandent de leur confier son code bancaire, et de vérifier qu’aucun bijou ni son porte-monnaie ne lui aient été dérobés, un petit voyant rouge s’allume dans sa tête. Ah, si son Arthur avait été là, il aurait su quoi faire lui. Comme elle hésite, les deux hommes, qui ont entre-temps refermé la porte derrière eux, se font pressants « Nous n’avons pas toute la nuit, Madame. » Elle se sent prise au piège. Comme elle vacille, l’un des hommes la rattrape d’une main ferme et la conduit à sa chambre. Son porte-monnaie contenant à peine de quoi finir le mois est bien visible sur la table de nuit. Elle tente de le glisser dans la poche de son peignoir, mais l’homme lui pince violemment le bras, lui faisant lâcher l’objet. Voilà qui ne laisse plus aucun doute sur les intentions du duo. Terrifiée, l’aïeule laisse échapper un gémissement, auquel l’exclamation du plus jeune des faux policiers fait écho.

- Hé, mais qu’est-ce qui se passe ?

Comme en proie à une forte douleur, les deux hommes titubent, se pressent le front. La vieille dame les voit s’effacer progressivement, leur dernier signe visible étant leur bouche ouverte en « O » de stupéfaction. Le coeur à deux cents à l’heure, l’aïeule se laisse tomber sur le lit. Elle se prend à son tour la tête dans les mains. Plus un bruit. Elle lève craintivement les yeux. Plus l’ombre d’un faux policier non plus. Après un gros soupir, rassérénée, elle se dit qu’elle a dû encore faire un de ses cauchemars, récurrents depuis le décès de son homme. Après avoir avalé un peu d’eau du verre déposé la veille sur sa table de nuit, elle se recouche et s’endort immédiatement, exténuée.

Au matin, tandis qu’elle se lève en basculant son corps entier comme préconisé par son médecin, pieds bien à plat sur la descente de lit, elle aperçoit son porte-monnaie, gisant juste devant la table de nuit. « Mais ce que j’ai été agitée ! ». Plus tard, en effectuant sa toilette au lavabo, elle s’étonne d’une douleur sur son bras droit… et découvre un énorme bleu.